5. Les tests génétiques peuvent-ils avoir un intérêt pour la protection de la santé des travailleurs?

Perspectives d'avenir

En principe, il est possible que, tôt ou tard, on découvre un ou plusieurs facteurs génétiques en relation avec un très grand risque d'apparition d'une maladie professionnelle grave due à une exposition externe bien définie, impossible à éviter à un poste déterminé.
Dans ce cas (hypothétique!), il serait irresponsable de ne pas examiner préalablement les candidats à ce poste pour déterminer la présence de ce ou ces facteurs génétiques.

Du point de vue social, on peut considérer comme un devoir de mettre en place la réglementation nécessaire, sur la base de laquelle un tel examen deviendra possible et même obligatoire, afin que le risque énorme associé à ce travail déterminé puisse être évité pour les personnes extrêmement susceptibles.

Situation actuelle

Globalement, notre connaissance des facteurs de susceptibilité génétique est encore très incomplète, du moins eu égard aux expositions et effets pour lesquels elle pourrait être utilisée en vue de protéger les travailleurs.
Les connaissances pratiques relatives à la susceptibilité aux cancers liés au travail augmenteront peut-être lentement dans un avenir proche. Dans l'état actuel des connaissances, il demeure cependant impossible de prédire raisonnablement si des problèmes de santé graves apparaîtront chez des personnes exposées identifiées comme porteuses. On ne peut donc exclure personne d'une fonction sur une telle base.

Possibilités

Néanmoins, ces connaissances très limitées pourraient se révéler utiles.
Ainsi, l'étude des facteurs de susceptibilité génétique pour des risques spécifiques auxquels des travailleurs sont exposés peut être utilisée dans le cadre d'autres mesures préventives. Pour les personnes qui ont un résultat positif au test et qui pourraient donc être plus sensibles, on peut approfondir les contrôles médicaux périodiques ou en augmenter la fréquence. Étant donné qu'il n'est pas question ici d'écarter des travailleurs, les éventuels faux résultats positifs au test ne constituent pas un grand problème. Des contrôles de santé plus poussés ou plus fréquents pourraient en outre inciter à une meilleure hygiène de travail. Dans le même ordre d'idées, dans les grandes entreprises, on peut par précaution donner à certains candidats une tâche dans laquelle ils ne sont pas exposés à un risque supplémentaire possible, fût-il incertain.

Quoi qu'il en soit, toute utilisation éventuelle de tests génétiques doit aller de pair avec des dispositions sociales empêchant l'usage inapproprié ou abusif des examens génétiques (voir chapitre 7).

Dépistage génétique versus biosurveillance génétique

Il faut distinguer les tests génétiques visant à dépister des facteurs innés indiquant éventuellement une plus grande susceptibilité à certaines affections (dépistage génétique) et les tests génétiques qui ont pour but de constater des changements dans le matériel héréditaire résultant de l'exposition à des substances nocives (biomonitoring génétique).
La biosurveillance génétique peut faire partie du contrôle médical périodique des travailleurs et son but est d'établir les effets de l'exposition à des agents sur le lieu de travail. Les résultats de la surveillance génétique peuvent conduire à la découverte d'expositions inconnues mais dangereuses.