En principe, il est possible que, tôt ou tard, on découvre un
ou plusieurs facteurs génétiques en relation avec un très
grand risque d'apparition d'une maladie professionnelle grave due à une
exposition externe bien définie, impossible à éviter à
un poste déterminé.
Dans ce cas (hypothétique!), il serait irresponsable de ne pas examiner
préalablement les candidats à ce poste pour déterminer
la présence de ce ou ces facteurs génétiques.
Du point de vue social, on peut considérer comme un devoir de mettre en place la réglementation nécessaire, sur la base de laquelle un tel examen deviendra possible et même obligatoire, afin que le risque énorme associé à ce travail déterminé puisse être évité pour les personnes extrêmement susceptibles.
Globalement, notre connaissance des facteurs de susceptibilité génétique
est encore très incomplète, du moins eu égard aux
expositions et effets pour lesquels elle pourrait être utilisée
en vue de protéger les travailleurs.
Les connaissances pratiques relatives à la susceptibilité aux
cancers liés au travail augmenteront peut-être lentement dans un
avenir proche. Dans l'état actuel des connaissances, il demeure cependant
impossible de prédire raisonnablement si des problèmes de santé
graves apparaîtront chez des personnes exposées identifiées
comme porteuses. On ne peut donc exclure personne d'une fonction sur une telle
base.
Néanmoins, ces connaissances très limitées pourraient
se révéler utiles.
Ainsi, l'étude des facteurs de susceptibilité génétique
pour des risques spécifiques auxquels des travailleurs sont exposés
peut être utilisée dans le cadre d'autres mesures préventives.
Pour les personnes qui ont un résultat positif au test et qui pourraient
donc être plus sensibles, on peut approfondir les contrôles médicaux
périodiques ou en augmenter la fréquence. Étant donné
qu'il n'est pas question ici d'écarter des travailleurs, les éventuels
faux résultats positifs au test ne constituent pas un grand problème.
Des contrôles de santé plus poussés ou plus fréquents
pourraient en outre inciter à une meilleure hygiène de travail.
Dans le même ordre d'idées, dans les grandes entreprises, on peut
par précaution donner à certains candidats une tâche dans
laquelle ils ne sont pas exposés à un risque supplémentaire
possible, fût-il incertain.
Quoi qu'il en soit, toute utilisation éventuelle de tests génétiques doit aller de pair avec des dispositions sociales empêchant l'usage inapproprié ou abusif des examens génétiques (voir chapitre 7).
Il faut distinguer les tests génétiques visant à dépister
des facteurs innés indiquant éventuellement une plus grande
susceptibilité à certaines affections (dépistage
génétique) et les tests génétiques qui ont pour
but de constater des changements dans le matériel héréditaire
résultant de l'exposition à des substances nocives (biomonitoring
génétique).
La biosurveillance génétique peut faire partie du contrôle
médical périodique des travailleurs et son but est d'établir
les effets de l'exposition à des agents sur le lieu de travail. Les résultats
de la surveillance génétique peuvent conduire à la découverte
d'expositions inconnues mais dangereuses.